La prison : un mal indispensable...

jeudi 20 février 2014

Prison et Justice, Justice et Prison... Les deux thèmes sont, bien sûr intimement liés et ils ont fait l’objet, mardi au centre culturel de Saint-Renan, d’une conférence de l’UTL avec Mr Patrick Lewden, procureur adjoint de la République au Tribunal de Saint-Brieuc.

Si le court (trop court) exposé liminaire a effectué un rapide tour d’horizon des différents moyens de répression de l’arsenal judiciaire, les échanges qui ont suivi ont élargi les débats en mettant l’accent notamment sur la cruelle indigence de la Justice. Eu égard notamment aux "moyens" illimités des truands, gangsters et autres malfrats...

Une petite devinette pour débuter. Connaissez-vous la théorie (américaine) de la vitre brisée ? Nenni ! Elle est pourtant à la base de notre régime judiciaire moderne. « Si vous ne trouvez pas et ne condamnez pas le responsable de ce bris de vitre, vous aurez d’autres dégâts plus importants et très rapidement. La TOLÉRANCE ZÉRO est une exigence sociétale très forte. »

Si cette notion est relativement récente, l’acte répréhensible a toujours été puni. Depuis le temps des supplices corporels, des forçats et des bagnes _ Brest, Toulon, Saint Martin de Ré et le célèbre Papillon ou encore Seznec, Cayenne _ jusqu’aux sinistres cachots avec comme... ultime point d’orgue (si l’on peut dire !), la peine de mort !

L’abolition de celle-ci marque un tournant important de la Justice dans l’hexagone. « Le 30 septembre 81, grâce à Robert Badinter, la France a effectué un pas capital. Même si, hélas, on peut noter le retour à une certaine forme de... "peine de mort privée" avec ces assassinats en Corse et du côté de Marseille » Quand les truands utilisent les peines que la Loi ne veut plus leur appliquer...
La prison (à durée déterminée ou à perpétuité), constitue donc, depuis plus de trente ans, la peine majeure de notre système judiciaire. Bonne ou mauvaise chose ? « La prison représente l’échec de ce qui n’a pas fonctionné auparavant. C’est aussi la meilleure (la seule ?) solution à la conclusion de parcours très compliqués... »
Le conférencier reste volontiers et logiquement très discret sur le sujet. Mais chaque décision, chaque sanction doivent constituer un lourd cas de conscience pour un magistrat qui n’en est pas moins homme. D’autant plus que l’incarcération peut être plus néfaste que bénéfique. D’autant plus que l’un des buts de la prison (la réinsertion) n’est pas toujours réalisé.

C’est pour cela que la privation de libertés se situe au bout de la chaîne des sanctions. Malgré cela, la surpopulation des centres pénitentiers ou centrales représente un énorme problème. Il faudrait créer 24000 places supplémentaires d’ici 2017. Le simple exemple de Brest : après le sordide Pontaniou (successeur du bagne), l’Hermitage, le centre pénitentiaire moderne, compte 255 places pour 415 pensionnaires... La promiscuité, l’oisiveté, les mauvais conseils et exemples des "durs" constituent autant de maux quotidiens...
Et pourtant, l’enfermement n’est imposé par le Ministère public qu’en fin de chaîne. Au bout du bout ! Auparavant, les Tribunaux possèdent et utilisent tout un arsenal de sanctions plus ou moins lourdes. Plus ou moins efficaces également.
Mais nous ne sommes pas, hélas, dans un monde de "bisounours" !

Une palette de peines...

La liste non exhaustive de ces "punitions" va des simples amendes, des jours-amendes, des minorations de celles-ci en cas de paiement rapide, de la confiscation des biens (voitures, armes), des interdictions de séjours, de territoires, de fréquenter certains lieux (casinos, cafés) ou de de cotoyer certaines personnes, des interdictions d’habiter certains lieux, de conduire, de pratiquer certains métiers, de la confiscation du passeport... Il est utilisé également le retrait de moyens de paiement, l’obligation de se soigner, de travailler, de réparer. Ou, enfin, des mesures alternatives aux poursuites, l’obligation de suivi d’un stage, les centres éducatifs fermés pour les jeunes ; etc...

Pour les magistrats, la palette de sanctions est donc très large et proportionnée aux délits avant d’atteindre la "case prison". Celle-ci ne peut pas bien sûr être ignorée et constitue bien l’un des fléaux de la société actuelle. Ne serait-ce que compte tenu de la surpopulation de ces centres de privation de libertés.

« La prison n’est pas un lieu idéal, loin sans faut mais elle est malheureusement un lieu indispensable. Il nous appartient pourtant de tout faire pour améliorer les conditions de détention... »
A l’image de la Justice, la fonction pénitentiaire manque hélas cruellement de moyens.

Michel LE NÉEL

L’indigence de la Justice

En marge de son exposé, Mr Patrick Lewden, a répondu avec beaucoup de franchise à de nombreuses questions. En stigmatisant notamment, les manques de moyens de la Justice. On nous demande d’avoir l’efficacité des USA alors que nous ne possédons que les moyens d’un pays africain a-t’il pu résumer aussi joliment que... tristement. »

Cette indigence se conjugue aussi bien sur le manque de magistrats que sur l’absence de moyens : cette fameuse libération mise en exergue dans les journaux par manque d’encore dans... l’imprimante qui a fait couleur beaucoup... d’encre justement !, mais aussi le non remplacement d’imprimante-couleurs, l’absence de téléphones fiables (« alors qu’un détenu à Saint-Brieuc a pu passer de sa cellule la bagatelle de 2474 appels téléphoniques en un mois », les conditions déplorables des astreintes cinq jours consécutifs 24h/24, etc.

Alors que pendant ce temps-là, les truands effectuent leurs méfaits avec des voitures de luxe, des moyens sophistiqués, etc...
_ Merci à... l’UTL ! La Justice n’est pas souvent invitée à sortir des Palais de Justice pour parler d’elle !.
_ Encadrement avec l’Armée : Cela ne me semble pas le moyen idéal.
_ Le bracelet alternative idéal ? cette "invention vient d’Israël mais cet allégement est pourtant parfois insupportable pour certains détenus.
_ L’Efficacité de la prison ? l’apaisement social pour le condamné et son environnement mais aussi la réinsertion même avec de courtes peines : deux ou trois mois.
_ La Justice et la Médecine : Difficile compréhension. Certains cas relèvent de la médecine et la psychologie.
_ Conflit Justice-Police ? Un faux débat. Nous travaillons tous ensemble et nous comprenons parfaitement.
_ Nouvelles délinquances ? L’arrivée des mafias russes et géorgiennes. Il faut s’adapter et la prostitution commence à s’installer en Bretagne. Même chose dans le domaine de l’informatique avec les piratages divers.
_ Relations entre Gendarmerie, Police et Population : tout à fait favorable à la création de ces capitaines de quartiers. Il s’agit de prévention et non pas de délation.
Et ailleurs ? L’herbe est toujours plus verte dans le champ voisin ! Les modèles suédois et canadiens ne sont pas comparables. L’Italie vient de fermer ses hôpitaux psychiatriques.
Et en Bretagne ? La délinquance sous tous ces formes y est peut-être moins intense qu’ailleurs. La raison ? La densité du réseau des associations, les plus divers...
Mais en conclusion, la prison (peine ultime) n’est pas un lieu idéal mais il est souvent, répétons-le, un lieu indispensable. Quand tout a échoué...


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